Par Alexis Delcourte

En 1977, deux sondes spatiales, Voyager 1 et 2 sont lancées vers Jupiter. Elles ont pour objectif de survoler pour la première fois les planètes les plus lointaines du système solaire, avant de se laisser glisser dans l’univers infini.

Contexte

Au début des années 70, seules deux sondes spatiales, Pioneer 10 et 11 ont survolé les planètes Jupiter et Saturne, ne récoltant que quelques informations. Les géantes gazeuses Uranus et Neptune sont encore moins connues, aucune mission ne s’y est jamais intéressée. De la terre, les chercheurs de la NASA, armés des meilleurs télescopes au monde ne peuvent distinguer autre chose que des points bleus lumineux lorsqu’ils les observent dans le ciel profond. Pour élargir ces connaissances, le congrès Américain débloque un budget de 250 millions de dollars pour explorer dans un premier temps Jupiter et Saturne et en cas de succès, prolonger le voyage vers Uranus et Neptune. Afin d’optimiser leurs chances de succès, les ingénieurs décident d’envoyer deux sondes pour prévoir la perte éventuelle de l’une d’elles au cours de la mission. Voyager 1 se limitera aux survols de Jupiter et Saturne, Voyager 2 continuera le voyage vers Uranus et Neptune.

La NASA va avoir besoin de cinq ans pour créer les astronefs répondant à toutes leurs attentes. Les sondes se déplacent à la vitesse de 15km/s. A ce rythme, un avion mettrait 6 minutes pour faire Paris New-York. Il s’agit des vaisseaux les plus rapides de tous les temps. Les sondes sont blindées, surprotégées et les scientifiques ont pensé à tous les scénarios possibles.

Disque d’or

Après leurs missions, les ingénieurs de la NASA laisseront les sondes s’envoler vers l’infini. Ils ont eu l’idée d’intégrer à chaque vaisseau un disque d’or, témoignant de l’existence de l’espèce humaine.

Ce disque est composé de sons, d’images, d’informations concernant notre localisation… Il a pour but de faire comprendre à une hypothétique civilisation extraterrestre qu’une espèce intelligente a existé sur la planète Terre. La NASA a affirmé que les sondes et les disques survivront à la mort du soleil, dans 4 milliards d’années.

Survols de Jupiter

Voyager 2 décolle le 20 août 1977, Voyager 1 sera lancé le 5 septembre de cette même année. Il leur faudra presque deux ans pour atteindre Jupiter. Les sondes découvrent les anneaux de la géante gazeuse, de nombreuses lunes et l’existence d’un corps céleste volcanique autre que la terre, le satellite Io. Des photos haute résolution de la planète sont prises pour la première fois, ce qui n’avait pas été possible avec les missions Pioneer. C’est lors du programme Voyager que les scientifiques découvrent l’origine de la grande tache rouge de Jupiter. Il s’agit d’une tempête monstrueuse dont les dimensions sont trois fois supérieures à la taille de la terre. En son centre, des vents de 700 km/h y soufflent depuis plus de 350 ans.

Photo de Jupiter prise par les sondes Voyager.

Survols de Saturne

Presque deux ans supplémentaires seront nécessaires pour permettre aux sondes d’atteindre Saturne. Elles ont pour mission d’étudier les atmosphères de la planète et de son plus grand satellite, Titan. Elles photographient Saturne, ses anneaux et de nombreuses lunes.

Photo de Saturne et ses lunes prise par les sondes Voyager

Survol d’Uranus

A la suite du survol de Saturne, Voyager 1 arrête sa mission et commence son voyage vers l’infini pendant que Voyager 2 se dirige vers Uranus. Il faudra quatre ans et cinq mois à la sonde pour arriver à l’avant-dernière planète du système solaire. Voyager 2 découvre dix lunes à la planète, invisibles depuis la Terre et permet aux scientifiques de la NASA d’analyser la composition de ses anneaux.

Uranus photographiée par Voyager 2

Survol de Neptune

Il faudra environ trois ans et demi pour que Voyager 2 couvre la distance Uranus Neptune. La sonde est à ce jour la seule à avoir survolé la dernière planète du système solaire. L’engin découvre l’existence d’anneaux, neuf lunes ainsi qu’une tache sombre au cœur de la planète, qui est en réalité une tempête. Voyager 2 se rapproche au plus près de l’astre (4500 km de la surface, contre 720 000 lors du survol de Jupiter) pour permettre l’analyse de son atmosphère. A la suite de cette dernière mission, Voyager 2 se dirige à son tour vers un point choisi aléatoirement dans l’univers.

Neptune photographiée par Voyager 2

De nos jours

Au mois d’octobre 2021, la sonde Voyager 1 est l’astronef créé par l’homme le plus éloigné de la Terre. Elle a parcouru 22 milliards de km. Les sondes répondent toujours, continuent de transmettre des informations mais cela est temporaire (d’ici 2025, elles ne pourront plus rien nous envoyer). Voyager 1 et 2 deviendront bientôt des objets inanimés se laissant glisser dans l’univers à la vitesse folle de 15 km/s. Les deux astronefs ont quitté le système solaire et filent dorénavant vers des systèmes éloignés. Voyager 2 se rapprochera de l’étoile Ross 248 dans 40 000 ans et d’après les estimations, Voyager 1, atteindra le centre de la voie lactée en l’an 460 milliards. D’ici là, le soleil se sera éteint, les humains auront disparu, et les disques que transportent ces deux sondes seront tout ce qui témoignera de l’existence de l’espèce humaine.